Yahoo n’a toujours pas répondu à l’offre de Microsoft

20080201_04Yahoo n'a toujours donné sa réponse à l'offre d'achat non sollicitée faite par Microsoft pour un montant de 44,6 milliards de dollars, soit une prime de 62 % par rapport à la dernière cotation de jeudi. Ce n'est pas la première fois que les deux compagnies ont échangé sur le sujet, des contacts avaient été pris en 2006 et 2007. Par ailleurs, Yahoo a fait face ces derniers temps à des difficultés soldées en particulier par le licenciement d'un millier de personnes, information diffusée à l'occasion de la publication des résultats trimestriels et annuels.

 

Ce rachat sonne un peu comme un aveu d'échec, tout relatif s'entend à l'aune du succès éclatant, insolent, de Google qui est tranquillement en train de se transformer en monopole sur le marché de la publicité en ligne. La firme de Mountain View est capable d'exploiter le moindre interstice sur Internet pour y vendre de la publicité. Echec de Microsoft qui n'a pas réussi à s'imposer sur ce marché ni à y gagner de l'argent. Echec pour Yahoo mais qui, sans l'existence de Google, sonnerait comme une belle réussite.

 

C'est par le biais d'une lettre adressée aux dirigeants de l'entreprise, en particulier Jerry Yang, CEO de Yahoo, que Steve Ballmer a officialisé sa proposition de rachat selon des termes qui « sur le plan financier ne son pas négociables ». Cette lettre est rédigée sous la forme selon l'expression américaine plutôt imagée d'un « Bear Hug », schématiquement en étant très gentil tout en montrant sa force. L'offre de 31 dollars payable dans la proportion de 50/50 en numéraire ou en échange d'actions Microsoft représente une prime de 62 % rappelle le CEO de Steve Ballmer. Les actionnaires pourront choisir mais dans le respect de cette proportion 50/50. « Quels que soit les indicateurs retenus - EBITDA, free ou operating cash flow, bénéfice net, ou les diverses évaluations des analystes - cette offre représente une excellente valorisation pour les actionnaires » poursuit le CEO de Microsoft.

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« La combinaison de Microsoft et Yahoo représente clairement la meilleure manière de maximiser la valeur apportée aux actionnaires et de créer une offre plus compétitive et plus efficace à nos clients ». Steve Ballmer rappelle les discussions que les deux entreprises ont mené en 2006 et 2007, manière de dire que cette fois c'est la bonne et qu'il n'est plus temps de tergiverser.  Et en particulier de citer un lettre du président du conseil d'administration de Yahoo en février 2007 indiquant que ce n'était pas le moment d'entrer en discussion, la raison invoquée étant que Yahoo avait lancé une nouvelle stratégie et qu'elle souhaitait en vérifier le potentiel. Un an est passé et la situation de Yahoo ne s'est pas améliorée, affirme Steve Ballmer.

 

Aujourd'hui, le marché (de la publicité sur Internet est dominé par un seul acteur - sans le nommer) qui  consolide sa domination au travers d'acquisition. Aujourd'hui, Microsoft et Yahoo constitue une alternative pour les clients, les publicitaires et les fournisseurs de contenus.

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Selon Steve Ballmer, les synergies liées à cette fusion sont de quatre ordres :

Economies d'échelle ;

Capacité étendue en recherche et développement ;

Efficacité opérationnelle ;

Capacité à mieux innover et à répondre aux besoins des utilisateurs.

 

Et de conclure la lettre sous forme d'avertissement en indiquant que « en fonction de la nature de votre réponse, Microsoft se réserve le droit de poursuivre toutes les démarches pour s'assurer que les actionnaires de Yahoo puissent saisir l'opportunité que représente cette proposition ». On peut remarquer que c'est seulement à la fin de sa Lettre que Steve Ballmer mentionne les salariés de Yahoo pour qui, selon lui, « cette offre représente une excellent opportunité à saisir ».  

 

Mais on peut se demander pourquoi Microsoft réussirait-il mieux avec Yahoo que sans pour concurrencer efficacement Google dans un marché qui donne une sorte de prime au premier. Google est devenu une marque que l'on utilise sans se poser de questions. Car son outil de recherche surpasse-t-il encore celui des concurrents sur le plan technique ? Ce n'est pas si sûr.  Pour y parvenir, il faudrait que le nouveau Microsoft développe un outil de recherche sur Internet qui fasse un saut qualitatif par rapport à l'existant, autrement qui apporte une réelle innovation. Or, cela ne viendra peut-être ni de Google, ni de Microsoft, mais d'une start up qui se fera racheter dans un deuxième temps.

 

Ce qui est sûr, c'est que Microsoft a choisi la bonne période après des résultats semestriels très bons : un chiffre d'affaires de 30 milliards de dollars en progression de 29 % et un bénéfice de près de 9 milliards (+47%). Ces résultats pourraient balayer d'un revers de main ceux qui mettent en doute le futur des logiciels sous cellophane ainsi que les doutes qui circulent autour de Windows Vista et d'Office 2007. A l'inverse, Yahoo a déçu en bouclant son exercice fiscal avec un CA en faible croissance (faible pour le secteur) de 8 % et surtout un bénéfice net en baisse de 12%.

 

Pendant ce temps Yahoo réfléchit

 

Si les responsables de Microsoft souhaitent mener cet assaut au pas de charge, ceux de Yahoo souhaitent au contraire prendre leur temps. Ils sont d'ailleurs restés très discrets et indiquant juste qu'ils avaient reçu cette « proposition non sollicitée » et qu'ils allaient « l'étudier avec attention et rapidement dans un contexte de stratégie de l'entreprise visant à maximiser la valeur des actionnaires ». Le conseil d'administration va examiner cette proposition dans le contexte de la stratégie de l'entreprise et qu'il n'excluait pas que Yahoo reste indépendant, autrement dit, refuse l'offre de Microsoft. Ce processus pourra prendre du temps (« It can take quite a bit of time »).

 

Avant l'ouverture des marchés financiers, le cours de l'action de Yahoo a augmenté de 56 % pour atteindre 29,45 dollars. Les dirigeants de Microsoft ont tenu une conférence de presse expliquant leurs motivations, les synergies qu'ils attendaient de ce rachat

 

 

Commentaires des dirigeants de Microsoft

 

Puisque les conversations se poursuivaient déjà depuis 18 mois (comme l'a rappelé Steve Ballmer) pourquoi ne pas avoir attendu pour faire une offre « amicale » ? Etant données les capacités financières et de R&D de Microsoft, pourquoi ne pas avoir recruté les ingénieurs nécessaires pour développer une offre plus large au lieu de se lancer dans une fusion qui est toujours une opération risquée ? A ces deux questions, les dirigeants de Microsoft ont clairement répondu qu'ils pensaient que la période était la bonne. En clair, ce rachat permet à Microsoft de gagner du temps pour rattraper son retard face à Google.

 

« Le marché est dominé par un acteur, a rappelé Kevin Johnson, président de la Plate-forme & Services Division de Microsoft, qui possède plus de 75 % du marché de la recherche enligne. La constitution d'un acteur de poids offrira donc plus de choix aux utilisateurs. » Etonnant comme argument de la part de Microsoft qui possède plus de 90 % du marché des systèmes d'exploitation pour postes de travail et trouve cela tout à fait normal et bénéfique pour le marché.  Le gâteau du marché de la publicité en ligne devrait croître de 40 à 80 milliards de dollars d'ici 2010. Microsoft entend bien en avoir une part plus importante qu'actuellement.

 

Encore quelques étapes à franchir

 

A supposer que Yahoo accepte, cette offre de rachat devra aussi obtenir les approbations des autorités de réglementation américaine et européennes, notamment des organisations antitrust. Car il s'agit ici du mariage des numéros deux et trois du secteur. Microsoft faisant valoir l'idée que la réunion des numéros deux et trois constituera un formidable contrepoids à un Google dont l'emprise est devenue sans contrôle. D'après les spécialistes de ces questions, les régulateurs américains sont plutôt réticents à intervenir sur des marchés à évolution rapide comme l'est celui de l'Internet. L'administration Bush est par ailleurs plutôt laxiste sur ces questions. N'a-t-elle pas laissé Google racheté Doubleclick. Les régulateurs européens pourraient, eux, se montrer plus difficiles à convaincre.

Publié le 03 février 2008
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