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eBay rachète Skype
Par Guy Hervier. La rumeur s’est rapidement transformée en réalité. Pour son dixième anniversaire, eBay s’est offert un beau cadeau en s’achetant Skype pour la modique somme de 2,6 milliards de dollars, 1,3 milliard payé en liquide et 1,3 milliard en actions. A cette somme, eBay pourrait ajouter 1,5 milliard en 2008 ou 2009 en fonction des résultats financiers. Soit un total de 4,1 milliards de dollars pour une entreprise dont on ne connait pas précisément le chiffre d’affaires, mais qui est évalué entre 50 et 70 millions d’euros.
Rappelons que Skype a été créé par Niklas Zennström et Janus Friis, les fondateurs de logiciel de P2P KaZaA. La société est basée au Luxembourg. « Depuis longtemps, nous souhaitions inclure la voix dans notre plate-forme, explique Meg Whitman, President et CEO d'eBay, une évolution importante pour conclure des transactions plus rapidement et plus facilement. eBay, Paypal et Skype vont permettre de redéfinir la vente en ligne. »
Skype, SkeOut, SkypeIn...
On se croirait revenu à l'époque Internet des années 1999-2000 avec des introductions en bourse ou des rachats tonitruants dont les montant dépassent un peu l’entendement. On se souvient de l’introduction de Baidu, le « Google chinois », dont la cotation avait augmenté de 350 % le premier jour pour dépasser les 125 dollars. Le marché a apporté quelques corrections, mais le cours est resté assez haut, aux environs de 95 dollars.
Skype est une belle réussite technique et marketing. Les chiffres sont impressionnants. La société indique aujourd’hui, lundi 12 septembre, près de 165 millions de téléchargements de son logiciel et fait état de 51 millions d’utilisateurs enregistrés. Mais jusqu'à présent, son modèle économique n’était pas très assuré. D’abord, le logiciel Skype est gratuit, tout comme son utilisation pour appeler une autre personne dotée d’un ordinateur et du logiciel Skype. Pour ce qui concerne SkypeOut – qui permet de contacter une personne dotée d’une liaison téléphonique et d’un combiné traditionnel - les prix sont très attractifs : 1,7 centime d’euros la minute. L’accès à ce service se fait un peu sur le principe des cartes de téléphone. Il s’effectue par l’achat d’un crédit de 10 ou 25 euros qui doit être consommé sur une période de 180 jours. A l’inverse, SkypeIn permet de recevoir des appels d’usagers de téléphones traditionnels. En mars dernier, Skype a lancé le service Voicemail qui permet de laisser des messages vocaux – comme sur un répondeur classique – si l’utilisateur est absent ou déjà en ligne.
Une concurrence qui s’accélère
Etant donné le service offert, on ne voit pas comment Skype aurait pu développer une activité publicitaire. Bref, Skype aurait-il pu assurer sa croissance tout seul ? Difficile à dire. En revanche, agrégé à une plate-forme d’échanges électronique comme celle d'eBay, l'outil peut donner une nouvelle dimension aux services proposés par la plate-forme de commerce en ligne.
Une certaine intégration entre Skype et les services proposés par eBay ont déja été réalisés. Il est possible d’intégrer l’identification Skype dans le profil utilisateur d’eBay.
La concurrence sur ce créneau va rapidement s’intensifier. Les deux poids lourds que sont Google et Microsoft ont décidé de se lancer sur le marché. Microsoft a fait l’acquisition de Teleo, une éditeur d’applications VoIP en vue d’intégrer un client VoIP à son système d’exploitation Windows. Google a annoncé très récemment GoogleTalk, une application de téléphonie sur IP gratuite, au même titre que tous les servives qu’elle propose. Les opérateurs de téléphonie ont certes anticipé le mouvement, mais ont peut-être sous-estimé la vitesse à laquelle se développent ces nouvelles offres. « Il suffit de considérer le nombre d’utilisateurs de Microsoft et le peu d’efforts nécessaires pour installer ce service. De même Google a une pénétration massive et peut facilement atteindre de très larges audiences », estime Joel Stradling de Telecom Services Europe.
Code fermé et protocole propriétaire
Parmi ses spécificités, Skype utilise un protocole propriétaire (voir la tribune de Jean-Marie Chauvet – lien ci-dessous) et fonctionne sur un mode P2P avec un annuaire totalement décentralisé sur les noeuds du réseau, ce qui lui donne une excellente scalabilité. Autre particularité, Skype route les messages via d’autres peers Skype sur le réseau, ce qui lui permet de traverser les firewalls ou les NAT (Network Address Translation). De ce point de vue, Skype n’est pas dans l’air du temps, son code est fermé et le protocole qu’il utilise est propriétaire. Cela ne l’a pas empêché d’avoir un succès spectaculaire. Néanmoins, Skype a ouvert son API aux développeurs afin de leur permettre d'intégrer son logiciel à leur solution. Lorsqu’il se compare aux communications classiques, Skype présente encore quelques inconvénients liés à une qualité sensiblement inférieure : phénomène d’écho, délais, coupures...
Parmi les dates marquantes de sa courte histoire, il faut retenir que Skype a franchi le million d’utilisateurs en ligne simultanés en octobre 2004, les deux millions en février et les 3 millions en mai. Mais dans cette ascension qui semble irrrestible, Skype vient de subir un sérieux revers. Son service SkypeOut vient tout juste d’être banni dans certaines régions chinoises. Aucune raison n’a été donnée, mais on peut imaginer que la concurrence ne lui a fait aucun cadeau. Un problème que devra régler eBay qui est présent en Chine et y nourrit de solides ambitions.
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Lire la tribune de Jean-Marie Chauvet du 6 septembre
http://www.itrmanager.com/article_tribune.php?oid=3
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