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Elémentaire mon cher Watson !
Dans l’univers des jeux télévisés, Jeopardy est une institution. Le jeu a été créé en 1964 et diffusé quasiment sans interruption depuis cette date. Après les Echecs, IBM s’attaque à un nouveau jeu, beaucoup plus complexe, et entend battre les humains avec ses ordinateurs.
 
Jeopardy procède d’une logique inhabituelle dans la formulation des questions. Au lieu de répondre à une question,  il s’agit pour les candidats de trouver la réponse correspondant à une question donnée. En essayant  de battre les humains à ce jeu, c’est un nouveau défi qu’IBM s’est lancé. On se souvient dans la décennie 90, IBM s’était attaqué au jeu d’échecs et donné pour objectif de battre les plus grands maîtres de l’époque. De fait, doté de son supercalculateur Deep Blue, une équipe de programmeurs d’IBM avait réussi à battre le grand maître Garry Kasparov. A cette occasion, IBM avait bénéficié d’une importance publicité liée à cette prouesse, mais qui ne s’est pas traduit sur le plan commercial.
 
En 2007, dans ce domaine des jeux, une équipe de chercheurs de l’université d’Alberta (Canada) avait développé un programme informatique qui devait être capable de battre les meilleurs champions au poker. Lors de la conférence de l’Association for the Advancement of Artificial Intelligence 2007 qui se tient actuellement à Vancouver, deux champions avaient livré bataille contre le programme informatique qui s’est plutôt bien défendu, même si au final les deux champions ont  fini par l’emporter.
 
Contrairement à d’autres jeux comme les échecs, les dames, le poker est différent dans la mesure où il intègre une partie de hasard dans le tirage des cartes, une caractéristique qu’il partage avec le backgammon avec le tirage des dés. Hasard que l’ordinateur est mieux à même de prendre en compte que les humains dans la mesure où il applique avec expertise et précision les lois de la probabilité. Mais le poker comporte une composante différente qui est liée au  bluff  (Faire comme si) et qui est beaucoup plus difficile à intégrer dans un programme informatique. 
 
Smarter Jeopardy, le nouveau défi
 
Au milieu des années 2000, les responsables de Big Blue se sont intéressé à trouver un nouveau défi pour ses ordinateurs et ses programmeurs pouvant prendre le relais de ce que fut l’épopée Deep Blue dix ans plus tôt. Ils ont trouvé avec Jeopardy un concentré de difficultés à surmonter. Sachant que dans ce domaine, les applications commerciales sont sans doute plus faciles à trouver. Le projet Watson était lancé.


 
En outre, à supposer qu’un tel système puisse être mis au point, il pourrait constituer une évolution importante par rapport à un moteur de recherche traditionnel comme Google ou Yahoo ! Sachant qu’un moteur de recherche « ne fait que » retrouver des documents et non des informations comme on le dit un peu vite. Ensuite, c’est à l’utilisateur de faire le tri dans les milliers - parfois des millions - de documents que le moteur retourne. Et qu’en moyenne, l’utilisateur ne va que rarement au-delà de la première page. Watson ingurgite des tonnes de documents dont il extrait des connaissances et doit être capable de répondre directement à des questions posé en langage naturel.
 
« Watson est un excellent exemple de ce qui constitue la planète – entreprises, industries, villes – peuvent devenir plus intelligente, explique Sam Palmisano, CEO d’IBM en faisant allusion à la campagne Smarter Planet lancée par Big Blue il y a plusieurs mois. Avec des moyens informatiques avancés et des applications d’Analytics, nous pouvons injecter de l’intelligence dans les systèmes utilisés dans les entreprises ou dans les villes. »
 
Depuis plus de 3 ans, le supercalculateur Watson constitué de milliers de serveurs haut de gamme, absorbe le contenu de dizaines de millions de documents incluant des livres aussi variés que des dictionnaires, des thésaurus, des encyclopédies, des taxonomies… Pour jouer à Jeopardy, Watson n’est pas relié à Internet et utilise seulement le contenu stocké sur ses propres disques durs.
 
Par rapport aux Echecs, les règles de Jeopardy sont extrêmement simples puisqu’il s’agit d’un jeu de questions-réponses,  mais elles s’appuient sur le langage naturel, extraordinairement complexe, que les informaticiens essayent de maîtrisent depuis longtemps déjà. Car chaque formulation peut comporter de très nombreuses nuances et faire référence indirectement ou de manière très subtiles et difficilement programmables à des connaissances variées.


 

 
En 2007, IBM a donné entre 3 et 5 ans à David Ferruci, Senior Manager du département Semantic Analytics and Integration et renforcé son équipe à 15 personnes.
 
Parallèlement aux connaissances liées aux documents accumulés, Watson s’appuie sur un nombre relativement limité (moins d’une centaine) pour déterminer un ensemble de réponses. Il utilise un deuxième ensemble d’algorithmes pour tester la plausibilité des différentes réponses et converger vers celle qui semble la plus vraisemblable. A ce niveau, Watson raisonne en termes probabiliste.
 
IBM a réalisé quelques essais pour tester la machine dans le contexte du jeu à l’hiver dernier. Les producteurs du jeu ont accepté de relever le défi cet automne et d’organiser des matchs entre des candidats et Watson. L’ordinateur d’IBM pourrait même affronter Ken Jennings, le meilleur joueur de toute l’histoire de Jeopardy. Ken Jennings a remporté 74 victoires d’affilé en 2004. Mais IBM pense déjà à des applications commerciales de Watson d’ici un ou deux. Big Blue pourrait en effet spécialiser l’ordinateur dans des domaines d’activités ou de compétences et en faire une sorte de système expert et d’aide à la décision. Mais les premiers systèmes pourraient coûter jusqu’à plusieurs millions de dollars, ne serait qu’en raison du nombre élevé de serveurs nécessaires.  

 
Après les échecs, les dames, le backgammon…

L’ordinateur défie l’homme au poker

Publié le 4 août 2010