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Les réactions au démantèlement de Megaupload

Voici tout juste quelques jours, Emmanuel Gadaix, responsable technique français de la plateforme de téléchargement et de streaming Megaupload expliquait lors d'une table ronde au Sénat que le site « luttait pour la protection » des droits d'auteur. « Nous sommes une société légale et nous avons une procédure de retrait que nous respectons très strictement », affirmait-il alors, comme le rappelle le Figaro.

Ce n'est pas la version décrite dans l'acte d'accusation publié par ministère de la Justice américain. Dans ce rapport de 72 pages, sont en effet dévoilés des courriels échangés par les responsables de Megaupload. Ils confirment que le site a mis en place une organisation centralisée, qu'il tirait sciemment parti du piratage et qu'il aurait causé un manque à gagner pour les ayants droit d'environ 500 millions de dollars.

Une activité très lucrative
Créé en 2005 par Kim Schmitz (Kim Dotcom), Megaupload se présentait comme un « service de stockage à distance ». Une activité qu'il exerçait bien, en hébergeant des fichiers légaux, partagés par les entreprises et les particuliers. Tout en incitant ses visiteurs à mettre en ligne, moyennant récompenses, des fichiers MP3 ou vidéo notamment. Interrogé par PC Inpact, Emmanuel Gadaix déclarait ne pas être averti du chiffre d'affaires de Megaupload. Le site aurait pourtant récolté au fil des ans 175 millions de dollars grace aux abonnements premium et la publicité. Les abonnements étaient vendus 9,99 dollars pour un mois(l'abonnement à vie revenant à 260 dollars). Grâce à lui, les internautes pouvaient télécharger rapidement ou regarder des films et des séries sans limitation de durée. Tout en ayant l'impression, pour les plus naïfs, d'être abonnés à une offre légale.

Les ayant-droits des oeuvres incriminées pouvaient toujours porter plainte. La technique de Megaupload consistait à supprimer les adresses détectées pour les remplacer par d'autres, tout aussi efficaces. Les moteurs de recherche les référençaient. Megaupload avait même recours à plusieurs hébergeurs pour stocker ses fichiers, dont Cogent pour la France. Le site leur aurait d'ailleurs reversé 65 millions de dollars...

Le fondateur du site et de ses satellites (Megaclick et Megapix) ainsi que Megavideo (Megaporn et Megapay) a été interpellé à Hong Kong avec six des responsables de l'entreprise.


Reste que Megaupload était un site très populaire
Depuis que la justice américaine a ordonné la fermeture du site, les pirates d'Anonymous ont répliqué, annonçant même avoir mis hors service le site du FBI, celui d'Universal Music ou encore du ministère de la Justice américain. En France, les site de l'Hadopi et de l'Elysée ont également été attaqués. Nicolas Sarkozy, le Président français, a été parmi les premiers à se féliciter de cette opération en déclarant que « la lutte contre les sites de téléchargement direct ou de streaming illégaux, qui fondent leur modèle commercial sur le piratage des oeuvres, constitue une impérieuse nécessité pour la préservation de la diversité culturelle et le renouvellement de la création ».

Pour autant, on est loin de la World Wide War... « Je suis convaincu que nous n'en sommes pas à la guerre car les activistes ont juste procédé à un déni de service en bloquant le site d'une entreprise ou d'une agence gouvernementale, estime Yannick Lejeune, Expert informatique et directeur de la stratégie à l'école SUP’Internet. Cela ressemble plus à un sit-in car ils bloquent le système en face sans le détruire ou le conquérir. Les gens prennent des positions politiques pour défendre leurs droits plutôt que de lancer une guerre pour détruire l'adversaire. Vue de l'extérieur, la réaction d'Anonymous peut paraître violente mais les vrais cyber-combattants doivent rire en lisant les médias qui parlent de «guerre virtuelle».


Les réactions officielles
Dans la journée, Bruxelles exprimait ses préoccupations, par la voix de Neelie Kroes, la commissaire européenne en charge des nouvelles technologies, qui déclare que « la réglementation sur l'internet doit être efficace, proportionnée et préserver les bénéfices d'un réseau ouvert », rappelant par la même occasion que « les excès de vitesse sont illégaux », mais que l' « on ne place pas des ralentisseurs sur une autoroute ».

De leur côté, les producteurs de disques se sont réjouit. La fermeture de Megaupload est une très bonne nouvelle et un coup porté contre la piraterie très important, se réjouit David El Sayegh, directeur général du Snep, le syndicat national des producteurs de disques. Interrogé par l'AFP, il rappelle que « les gens de Megaupload ne sont pas des gentils pirates dont la finalité est d'échanger des fichiers ». Ce sont des gens qui font avant tout du business. « Et sur ces profits, aucun centime n'a été versé ni aux producteurs, ni aux artistes, ni aux auteurs-compositeurs ».

Le président du Conseil national du numérique, Gilles Babinet, estime quant à lui qu'il faut une offre légale en matière de films. L'arrêt de Megaupload est pour lui « à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Megaupload ce n’est pas la meilleure solution, mais si le site a rencontré un tel succès, c’est aussi parce qu’il n’existe actuellement aucune offre légale de films à la demande (VoD) digne de ce nom ».

Marie-Françoise Marais, la présidente de la Hadopi interrogée par Le Monde, estime que « Ce qui s'est passé aux Etats-Unis est une bonne chose. Megaupload est un site qui offre des services pour lesquels il n'a jamais eu d'autorisation. On peut considérer qu'il s'agit là de contrefaçon ». Et d'assurer que « rien n'empêche une action similaire en France », même si cela ne rentre pas dans le champ de compétence de la Hadopi.

Le Parti Pirate tient à exprimer sa stupeur face à une telle décision, qui intervient alors que l'entreprise avait mis en place et utilisait activement une procédure de retrait de liens d'oeuvres couvertes par le droit d'auteur. En France, un tel mécanisme la placerait dans un rôle d'hébergeur, protégé par la loi dite LCEN (loi pour la confiance dans l'économie numérique).

Le retrait de MegaUpload d'Internet montre une tentative globale de contrôler et de censurer Internet, à l'image du Protect IP Act (PIPA) aux États Unis et de l'accord anti-contrefaçon ACTA, estime la Quadrature du Net. Conduite en dehors du territoire américain et sans même une décision de justice, cette affaire met en évidence la violence de la guerre disproportionnée menée au nom d'un droit d'auteur dépassé.


Quelle va être la réaction de Megaupload ?
Selon Emmanuel Gadaix, interrogé par PCinpact, le message est clair. Même décapitée de ses principaux responsables, MegaUpload ne baissera pas les bras et prépare sa riposte à la mainmise du FBI sur ses serveurs.

Le site qui s’est toujours abrité derrière son statut d’hébergeur, se comparant même à un gros disque dur, rappelle qu'il ne faut pas confondre l’hébergeur qui est neutre et n’a pas à inspecter le contenu des utilisateurs avec ces derniers qui choisissent de partager un lien avec des amis ou une communauté.

Selon l’acte d’accusation épluché par Numérama, « le procureur reproche à MegaUpload de ne pas respecter la loi DMCA qui encadre la procédure de notification et de retrait des contenus. L'entreprise ne supprimait que le lien envoyé par l'ayant droit, et non le contenu correspondant, qui pouvait être retrouvé sous d'autres liens ». Cet acte d’accusation serait, selon Emmanuel Gadaix, rempli d’inexactitudes.

La priorité pour Megaupload est de rétablir le service pour les utilisateurs qui se servaient du site pour stocker des fichiers légitimes et non des copies de films.



D'autres fermetures sont à prévoir
Après l'arrêt de Megaupload, le site français Allostreaming a choisi de cesser toute activité. Visé par une procédure judiciaire en France, le site de streaming a accéléré la fermeture de son service, anticipant du coup une éventuelle condamnation. Une première audience devait se tenir en mars. Les fournisseurs d'accès à Internet et les moteurs de recherche n'avaient pas attendu cette date pour faire disparaître les sites du groupe Allostreaming de leur référencement. Cette fermeture ne serait que la première d'une longue série. Alloshowtv, Alloshare.com et Allomovies.com font de même.

Comme Médiamétrie l'a indiqué, plus de 29 millions d'internautes ont regardé au moins une vidéo en ligne courant octobre en France dont 24 millions sur Youtube (1,3 milliards de vidéo vues), 11 millions sur Dailymotion et 8 millions sur TF1. En moyenne ces internautes ont regardé 71 vidéos par mois, pour un temps moyen de consommation de 3h28. Dans le top 15 Médiamétrie, deux sites de streaming illégaux étaient présents : Mégavidéo (9e avec + 400 000 visiteurs et qui atteint 3 millions de VU) et VidéoBB (11e avec + 300 000 visiteurs à 1,9 million de VU).

« Megaupload est hors-course mais il reste d'autres sites comme Rapidshare, estime Yannick Lejeune. Cela va ressembler à ce qui s'est passé avec le site pirate Napster qui a été fermé en 2001 pour les mêmes raisons. Il s'en est suivi une balkanisation du téléchargement musical, avec la création de nombreux petits sites, moins connus et qui appartenaient aux mêmes personnes. Pour une exploitation financière du trafic, il vaut mieux avoir une centaine de sites qui font peu de bruit qu'un site très connu. C'est pourquoi, je ne suis pas certain que cette action va résoudre le problème du piratage. Les autorités voulaient envoyer un signal disant qu'elles ne se laisseraient pas faire mais cela va juste déplacer le piratage vers des sites moins en vue


10 sites pour remplacer Megaupload
La fermeture du site d'hébergement et de téléchargement Megaupload laisse apparemment un grand vide. Le site dépassait les 100 millions de visiteurs... En France, les internautes ont déjà une série de sites pour se retourner... Le Nouvel Observateur publie ainsi une liste de sites proposant d'héberger et de partager ses fichiers.

Parmi les sites de téléchargement concurrents de Megaupload figurent :

•RapidShare.com
•DepositFiles.com
•Fileserve.com
•FileSonic.fr
•FileFactory.com
•FilesTube.com
•UploadStation.com
•UploadBox.com
•Bayfiles.com
•DL.Free.fr
•MediaFire.com

Côté streaming, les sites VideoBB.com et MixtureCloud.com vont tenter de reprendre la relève de Megavideo.





 

Publié le 22 janvier 2012
Les commentaires

Surement que l'offre légale va augmenter du coup sous la demande, surtout pour les séries US. Les services VOD vont s'améliorer et seront peut être abordable à l'avenir. Un nouveau genre de site commence dans ce genre là : http://www.mes-series-us.com/

Par jluc le 29/01/2012 à 11:23