Du nouveau sur Linux et les logiciels Libres

Par Guy Hervier. Annonces imminentes de produits par Red Hat, accord par l’OSI sur la conformité de la licence CDDL de Sun au logiciel Libre, décision juridique liée au procès SCO et IBM imposant à ce dernier à fournir le code source de ses deux systèmes d'exploitation Unix, publication de tests par le projet Honeynet Project sur la vulnérabilité de Linux et par différence sur celle de Windows... Le front Linux et des logiciels libres est en plein mouvement.

Côté annonces prochaines d’abord, Red Hat devrait se manifester dans les semaines à venir. Red Hat pourrait annoncer Enterprise Linux 4, la nouvelle version de sa distribution Linux serveur. Basée pour la première fois sur le noyau Linux 2.6, Enterprise Server 4 intégrerait notamment des fonctionnalités renforcées de sécurité issues des recherches effectuées par la National Security Agency et supporterait les technologies sans fil d’Intel. Cette annonce pourrait intervenir lors de la Linuxworld Conference Expo qui se tient à Boston en février. La version 3 avait été annoncée en octobre 2003.

Evolution sur les traces de Thunderbird

En attendant la version 10 de SuSE Enterprise Linux 10 prévue début 2006, Novell est en cours de développement d’une version Windows de son logiciel de messagerie Evolution. Evolution sera un concurrent d'Outlook (que Microsoft propose d’ailleurs en téléchargement, voir article dans ITRmanager de ce jour) qui inclut un client de messagerie, un gestionnaire d’adresses et un agenda. Au début de ce mois, Novell aurait donné un coup d’accélérateur à ce projet en embauchant un développeur Open Source, Tor Lillqvist, chargé de presser les développements d’Evolution et de Beagle ainsi que de construire une communauté de développeurs. Beagle est un outil d’indexation et de recherche d’informations pour le poste de travail. Tor Lillquist était auparavant responsable du développement de Gimp, logiciel libre de dessin et de retouche de photos, concurrent direct de Photoshop.

Le chemin des logiciels libres pour Windows a déjà été défriché par la Foundation Mozilla qui a tout récemment introduit Thunderbird, logiciel client de messagerie, qui se pose en concurrent frontal d'Outlook. Annoncé de manière plus discrète que le navigateur Firefox –qui semble grignoter quelques points de part de marché à Internet Explorer -, ce logiciel pourrait aussi remplacer Outlook sur une proportion non négligeable de postes de travail. Les utilisateurs, à titre individuel ou au niveau de l’entreprise, vont-ils faire l’effort du changement ? Pour l’heure, la version 1.0 – c’est-à-dire la première version stabilisée – est disponible en français. Elle apporte des fonctionnalités intéressantes par rapport à Outlook : classement, filtrage, recherche, intégration d’un lecteur de flux RSS et Atom…

Logiciels libres disponibles en environnements Windows

Bureautique

Version

Description

OpenOffice.org

1.1.3

Suite logicielle compatible Microsoft Office : Writer (traitement de texte), Calc (Tableur), Impress (Présentation) et Draw (Dessin)

PDFCreator

0.8

PDFCreator permet la conversion de vos fichiers au format ouvert PDF.

Internet

FireFox

1.0

Navigateur Internet

ThunderBird

1.0

Client de messagerie

FileZilla

2.2.9

Client FTP : Gestionnaire de connexion, File d'attente, Double fenêtre avec votre répertoire local et celui de l’ordinateur distant

Nvu

0.60

Editeur de site Web

Gaim

1.0.2

Messagerie instantanée

Création

Gimp

2.0.5

Logiciel de dessin et de retouche photo

Inkscape

0.40

Editeur SVG - Dessin vectoriel

Blender

2.35

Modélisation et rendu 3D

Audacity

1.2.3

Edition Audio

Multimédia

Zinf

2.2.1

Jukebox, Lecteur Multimédia MP3, Ogg

WinLame

rc3

Encodeur audio MP3, Ogg

CDex

1.51

Extracteur CDAudio, Encodeur

VideoLanClient

0.8.1

Lecteur Multimédia Vidéo supportant les formats MPEG-1, MPEG-2, MPEG-4, DivX, mp3, ogg, ainsi que les DVDs, VCDs, et plusieurs protocoles de flux.

Utilitaires

7-Zip

3.13

Logiciel d'archivage

TightVnc

1.3dev6

Prise de contrôle à distance

NetTime

2.0b7

Synchronisation de l'horloge système

ClamWin

0.37.3

Antivirus

Notepad2

1.0.12

Notepad 2 est un Bloc-note.

(source Winlibre)

Firefox, Thunderbird, OpenOffice et quelques autres… la liste des logiciels libres pour le poste de travail qui rencontrent un certain succès commencent à s’allonger. WinLibre en propose une vingtaine en téléchargement, qui couvrent les fonctions traditionnelles de la bureautique. Cet engouement concerne aussi d’autres domaines. Par exemple, la version 8 de PostgreSQL annoncée il y a quelques jours est désormais disponible en environnement Windows. Quel effet cela aura-t-il sur l’évolution respective de Windows et de Linux ? A priori, leur succès pourrait constituer un frein au développement de Linux pour PC.

L’importance du facteur juridique

Le juridique est un facteur important du logiciel libre, les exemples ne manquent pas pour appuyer cette affirmation. La notion de licence et leur multiplication est source de complexité. Dernier arrivant dans ce domaine, Sun a exprimé sa volonté d’ouvrir le code de Solaris 10 au monde Open Source. Mais aucune licence existante – y compris la licence GPL qui est la plus répandue – ne trouvant grâce à ses yeux, il a déposé une licence maison, CDDL (Community Development and Distribution Licence) et l’a soumise à l’OSI, l’institution américaine référence en matière d’Open Source.

Dans sa lettre à l’OSI, Sun explique que La licence CDDL est assez proche de la licence MPL (Mozilla Public Licence, utilisée pour Firefox et Thunderbird. Mais, tout comme la MPL, la licence définie par Sun n’est pas compatible avec la licence GPL. Simplement dit, cela implique qu’il ne sera pas possible de combiner des programmes relevant des deux types de licences.

L’OSI aurait certifié la demande de Sun, ce qui permettrait à Scott McNeally de labelliser son système d’exploitation "Open Source". Cela suffira-til pour contrecarrer la montée de Linux qui empiète plus sur le pré carré des Unix, Solaris compris ? A voir !

Du nouveau dans la saga SCO-IBM

Parmi les procès les plus médiatisés dans le petit monde de l’informatique, celui qui oppose SCO et IBM - sur la violation de brevet sur Unix - se place dans les tout premiers. Ces derniers mois ont été calmes, mais mardi dernier, le juge Wells du tribunal de Salt Lake City a enjoint IBM de donner accès à toutes les versions des deux Unix du catalogue IBM, à savoir AIX et Dynix. Ce qui pourrait représenter quelque 2 millions de codes. En passant, bon courage à ceux qui vont devoir les examiner. SCO avait même demandé plus, à savoir un accès direct aux CVS (CMVC pour Configuration Management Version Control et RCS pour Revision Control System). Mais il n’a pas eu gain de cause sur ce point.

IBM doit aussi fournir tous les commentaires, notes, libres blancs et autres documents produits par les principaux développeur ayant participé au projet ainsi que leurs coordonnées complètes, soit environ 3000 personnes.

IBM fait valoir que les diverses requêtes faites par SCO dans cette phase de discovery (période du procès concernant l’établissement des preuves) du procès ne soient pas accordées arguant le fait que SCO n’a pas réussi à apporter la moindre preuve à ses allégations depuis les 22 mois que durent ce procès.
SCO a également demande à ce que IBM soit contraint de fournir tous les documents officiels émis par l’équipe de direction, à commencer par Sam Palmasino, décrivant la stratégie Linux du constructeur. Le juge n’a pas encore statué sur ces requêtes.

Linux n’intéresse plus personne

L’organisation Honeynet Project a récemment publié les résultats d’une expérimentation qui s’est déroulée sur l’année 2004 et qui révèle que la durée de fonctionnement moyenne sans incident d’un serveur Linux ne recevant aucun correctif ni patch et raccordé à Internet est passée de 72 heures à 3 mois.
Pour cette expérimentation, Honeynet Project s’est appuyée sur un réseau de 12 sites (Honeynets) déployés dans 8 pays (Etats-Unis, Inde, Royaume Uni, Grèce, Portugal, Brésil et Allemagne) regroupant 12 Honeypots, c’est-à-dire des serveurs Linux n’ayant aucune tâche particulière à accomplir sauf attendre d’être attaqué par pirate ou un agent malveillant. Les systèmes fonctionnaient sous différentes versions de Linux (Red Hat, SuSE, Solaris, Free BSD, Fedora). Rien n’a été fait pour attirer l’attention sur ces serveurs et ils n’étaient pas référencés dans un annuaire DNS ou dans des moteurs de recherche. Ils étaient configurés de manière standard et fournissaient des services classiques (HTTPS, FTP ou Server Message Block), possédaient des firewalls et ont été paramétrés avec des mots de passe standards.
Contrairement à des interprétations qui ont été faites, l’organisme Honeynet Project se défend de vouloir démontrer que Linux est plus sûr que Windows, même s’il indique en même temps que le délai de fonctionnement sans incident de ce système d’exploitation (dans les mêmes conditions que Linux, c’est-à-dire sans patch ni correctif) continue à se réduire.

Les raisons qui peuvent expliquer ce niveau de sécurité élevé de Linux peuvent être multiples, mais Honeynet Project ne les hiérarchise pas :
- Les installations par défaut des distributions Linux sont de plus en plus difficiles à corrompre
- Les menaces sont en train d’évoluer des machines vers les personnes
- Les parcs respectifs de Linux et de Windows rendent se dernier beaucoup attractif pour les pirates
- Des versions piratées ou à faible tarif de Windows ont été largement diffusées dans les pays en voie de développement comme la Chine.
Publié le 20 janvier 2005
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