Intel Inside le futur 64 bits d’Apple
Par Nathan Brookwood, Insight 64
Publié le mardi 14 juin 2005
Cela fait un peu plus d’un mois que Paul Otellini a pris la place de CEO et il a déjà imprimé sa marque sur l’entreprise ; ni Andy Grove, ni Craig Barrett ne pouvait s’enorgueillir du fait que tous les fournisseurs majeurs de PC du marché utilisaient les microprocesseurs Intel. L’annonce d’Apple la semaine dernière permet à Paul Otellini de le clamer. La décision d’Apple pourra créer certains problèmes à relativement court terme, mais il y a peu de doutes que lorsque le mouvement sera réellement engagé, Apple pourra établir une « roadmap » illimitée dans le temps.
L’annonce d’Apple constitue la troisième tentative du constructeur de trouver une stratégie à long terme pour sa famille de MacIntosh. Apple a d’abord utilisé les proceseurs 68 000 de Motorola. A cette époque, la firme de Cuppertino a atteint les 12 % de part de marché. Ensuite, Apple a entrepris sa migration vers les PowerPC, une décision qui a déclenché un long déclin en part de marché pour aboutir au niveau actuel évalué environ à quelque 2 %. Je suis sûr qu’Apple et ses légions d’aficionados espèrent que la décision d’aujourd’hui va stopper ce déclin et ouvrir une nouvelle ère pour Apple. Nous ne sommes pas vraiment acquis à cette vision.
De notre point de vue, la perte de parts de marché ne résulte pas de la stratégie d’Apple, mais de ses constants changements de stratégie. Le monde Intel a attaché beaucoup d’importance à la notion de compatibilité ascendante. Je peux toujours faire fonctionner mon vieux Windows 3.1 sur mon système Windows XP à double cœur. Les clients d’Apple, eux, doivent faire face aux multiples changements dans l’architecture des systèmes. Chaque changement pousse les éditeurs et les utilisateurs à acquérir de nouveaux logiciels et de nouvelles méthodes pour exécuter des choses anciennes. Cela fait perdre beaucoup de temps et est très improductif. A chaque transition, certains utilisateurs Apple découragés abandonnent la cause et se rallient à la plate-forme Intel où les utilisateurs peuvent décider quand ils effectueront leurs migrations logicielles en fonction de leur propre calendrier et non de celui des constructeurs d’ordinateurs.
Lorsque la migration du 68000 vers le PowerPC a été achevée, Apple n’avait plus que 6 % du marché des PC. Pendant un temps, il a réussi à se stabiliser à cet étage, juste pour commencer un nouveau déclin lors du passage de MacOS 9 à OS X (Le constructeur n’arrive même pas à se décider s’il faut utiliser des chiffres arabes ou romains pour référencer ses versions majeures). Insight 64 pense que cette dernière annonce va causer encore un sérieux trouble chez les utilisateurs Apple. Doivent-ils continuer leur voyage avec leur constructeur favori ou, au contraire, maintenant qu’Apple a pactisé avec l’empire du mal Wintel, jeter l’éponge et vendre leur âme eux aussi au diable ? Nous anticipons qu’une fois que la transition de l’architecture PowerPC à celle d’Intel sera achevée, la part de marché d’Apple aura encore diminué pour atteindre entre 1 et 1,5 %. A terme, même Steve Jobs qui arrive encore à attirer l’attention sur la société n’y parviendra plus, plongeant Apple dans une situation d’anonymat. D’ailleurs, à seulement 2 % aujourd’hui de part de marché, le chemin n’est pas si long.

La transition vers l’architecture x86
Lors de son annonce, Apple a suggéré que la transition vers l’architecture soit relativement simple et qu’elle ne nécessitera pas beaucoup d’efforts de la part des développeurs de logiciels pour MacIntosh. Nous ne partageons pas du tout ce point de vue. Les développeurs vont devoir transcrire le code binaire d’une architecture vers l’autre. Ces deux architectures sont totalement différentes. (par exemple, le PowerPC adresse les caractères en mémoire de gauche à droite, les processeurs X86 dans l’autre sens).
Les compilateurs ne peuvent pas toujours traiter ce type de problème, d’où une nécessaire intervention humaine pour inspecter les millions de lignes de codes existant. Apple fonde beaucoup d’espoirs sur une module d’émulation baptisée Rosetta qui permettra aux utilisateurs de faire fonctionner du code développé pour le PowerPC sur des nouveaux systèmes x86. Mais on a déjà une longue expérience sur les problèmes posés par ce type de solution. Apple pourrait aussi s’appuyer sur un nouvel émulateur – QuickTransit – issu de la start up anglaise Transitive Technology. Transitive annonce des niveaux impressionnants en matière de performance, mais vient tout juste de commencer la livraison en volume de son logiciel pour des clients sélectionnés de systèmes SGI (Silicon Graphics).
La traduction et l’émulation de code nécessitent d’effectuer de nombreux tests pour valider l’opération. Même quand l’architecture sous-jacente ne change pas, les éditeurs de logiciels doivent effectuer toute une batterie de tests sur le logiciel avec les nouveaux processeurs et/ou périphériques. Et le changement du jeu d’instructions complique sérieusement le problème. Cela aidera sans doute qu’Apple sera prêt à livrer les plates-formes de développement sous OS X, mais ne limitera pas pour autant le travail que vont devoir réaliser les développeurs.
Il n’est pas non plus impensable d’anticiper un ralentissement dans les livraisons de MacIntosh sous PowerPC sur les prochains trimestres. Suite à l’annonce d’Apple, de nombreux utilisateurs vont différer leurs achats jusqu’à la disponibilité des Mac x86. Personne ne veut acheter les dernières machines de la génération PowerPC. Et les utilisateurs dont les besoins sont urgents n’auront d’autres choix que d’acquérir des plates-formes obsolètes.
Quelques lumières en vue
Les annonces d’Apple contiennent néanmoins quelques éléments positifs. Le passage vers l’architecture Intel sera sûrement le dernier. Il n’y a pas d’autres alternatives. Et même si Apple ne partage pas la vision des autres constructeurs de PC Wintel, ses besoins en matériels auront beaucoup de points communs avec ceux de Dell, HP et d’autres qu’avec Cisco, Ford ou Sony qui sont utilisateurs OEM de PowerPC. Cela a un sens pour Intel d’investir des millions de dollars dans la conception d’un processeur (par exemple Centrino) destiné spécifiquement à des portables, sachant qu’il pourra en vendre plus de 50 millions par an. Comment IBM ou Freescale – une société issue de Motorola qui fabrique le PowerPC - peuvent justifier de telles dépenses, juste pour satisfaire les besoins d’Apple qui représentent tout au plus un ou deux millions de processeurs.
Les éditeurs clés d’Apple, Microsoft et Adobe, ont apporté leur soutien à Apple lors de l’annonce à propos de cette nouvelle stratégie. Si l’un des deux venait à défaillir, le plan d’Apple pourrait bien faire « pschitt ».
Le mouvement d’Apple va lui ouvrir deux nouveaux marchés. Depuis que le constructeur a bien certifié qu’il ne ferait rien pour que ses futurs systèmes ne fonctionnent pas sous Windows (même si Apple n’a aucun plan pour commercialiser des Mac sous Windows), il est tout à fait possible pour des utilisateurs ou des OEM aventureux de tenter une telle combinaison : un Mac sous Windows. Si une telle association ne séduit pas le plus grand nombre, elle n’en aura pas pour autant un intérêt pour ceux qui apprécient le design industriel des machines Apple et qui ne peuvent pas s’échapper de l’environnement Windows.
Inversement, une fois que les logiciels Mac fonctionneront sur les plates-formes x86, un marché du clone Mac pourra émerger. La dernière tentative d’Apple dans ce domaine qui remonte aux premiers jours du PowerPC s’est terminé par un désastre et un procès. Phil Schiller VP d’Apple a déclaré lors de l’annonce qu’il ne permettrait pas que Mac OS puisse fonctionner sur d’autres plates-formes que les MacIntosh.
Insight 64 suggère à Phil Schiller et aux avocats d’Apple de relire la section 1 du Sherman Act, 15 U.S.C. @ 1 (1976) et la section 3 du Clayton Act 15 U.S.C. @ 14 (1976) avant de finaliser leur idée sur cette question.
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